Liens d'intérêt

Le syndrome pollen-aliment

Pourquoi certains fruits et légumes provoquent-ils des réactions allergiques?

Le syndrome pollen-aliment (ou encore syndrome d’allergie orale)  est une réaction allergique aux fruits frais, aux légumes et aux noix qui se produit chez des personnes allergiques aux pollens. Nous appelons ce syndrome ainsi, car les réactions touchent la plupart du temps uniquement la sphère orale. Le syndrome pollen-aliment peut également survenir chez les enfants. Tout comme les allergies plus courantes, par exemple aux oeufs ou aux fruits de mer, le syndrome pollen-aliment est une réaction de type I à médiation par les anticorps IgE. Dans ce dernier cas, cependant, une personne devient allergique au contact des pollens présents dans l’environnement.

Certains fruits, certains légumes et certaines noix contiennent des protéines semblables à celles que l’on trouve dans les différents types de pollens. Lorsque les anticorps propres au pollen entrent en contact avec un aliment partageant des protéines similaires au niveau de la muqueuse orale, elles activent alors la libération de certains médiateurs inflammatoires qui vont être responsables des symptômes d’allergie. L’association la plus fréquente rencontrée dans le syndrome pollen-aliment est l’allergie croisée au pollen de bouleau. Les fruits et légumes le plus souvent associés au bouleau sont la pomme, la pêche, la prune, la poire, la cerise, l’abricot, l’amande, la carotte, le céleri, l’arachide et la noisette (voir aussi le site Agence canadienne d'inspection des aliments pour une liste). Contrairement aux allergènes alimentaires classiques, les allergènes en cause dans ce syndrome sont très sensibles à la chaleur et à la digestion. Les propriétés allergéniques diminuent donc considérablement avec la cuisson, ce qui explique pourquoi les fruits et les légumes en question sont souvent bien tolérés une fois cuits. Par contre, ceci ne s’applique pas pour les noix. Lorsque nous sommes en présence d’une réaction allergique à un fruit ou à un légume, sans que le patient n’ait d’allergies aux pollens, les protéines en cause sont différentes. Ces dernières sont beaucoup plus stables et conservent leur potentiel allergénique lorsqu’elles sont soumises à des procédés de cuisson. Aussi, elles résistent aux enzymes digestives et sont donc plus fréquemment responsables de réactions plus graves.

Le bouleau

Les symptômes peuvent-ils conduire à l'anaphylaxie?

Le syndrome pollen-aliment est appelé ainsi, car les symptômes se limitent le plus souvent à la bouche et la gorge. En effet, comme les protéines allergéniques en cause sont sensibles aux enzymes digestives, elles se dégradent donc rapidement après l'ingestion, ce qui limite les symptômes dans la majorité des cas. Habituellement, la réaction se produit immédiatement ou peu de temps après le contact avec l'aliment en question. La réaction allergique se manifeste donc par de la démangeaison au niveau de la bouche et de la gorge et parfois de l'enflure au niveau des lèvres, du palais et de la gorge. De plus, il n'est pas rare d'observer une augmentation des symptômes pendant la saison des pollens. Dans la littérature, on signale moins de 10% de réactions généralisées associées au syndrome pollen-aliment. Le risque de choc anaphylactique semble se situer autour de 1,7%. Certains aliments semblent liés à un risque accru de réactions généralisées: la pêche, les noix, les arachides et la moutarde sont les plus fréquemment mentionnés. Tel que mentionné plus tôt, les patients qui réagissent à des fruits et à des légumes sans souffrir d'allergie aux pollens sont plus à risque d'avoir des réactions plus importantes.

Que dois-je faire si j'ai le syndrome pollen-aliment?

Étant donné qu'il s'agit quand même d'une réaction à médiation par les anticorps et qu'il est impossible d'en prédire la gravité, il semble plus prudent de recommander l'évitement des fruits et légumes crus occasionnant des symptômes. En ce qui concerne les noix, il est probablement plus prudent pour un individu donné d'éviter celles qui lui occasionnent des symptômes même sous la forme cuite. Dans le doute, il vaut la peine de consulter un allergologue afin de mieux précisier le diagnostic et de faire les tests nécessaires. Celui-ci sera le mieux placé pour répondre aux questions et donner les conseils appropriés.

Nguyen M. Le syndrome d'allergie orale, le voyage d'Aphrodite, côté jardin. Le Médecin du Québec 2009; 44(5); 47-50.

__________________________

Mélanie Nguyen, MD FRCPC, allergologue et immunologue