Anne Des Roches, M.D.
L'arrivée du printemps n'est pas toujours synonyme de plaisir. Pour beaucoup de Canadiens et Canadiennes allergiques aux pollens d'arbres ou autres pollens, elle correspond plutôt au début des ennuis: asthme, rhume des foins ou autres troubles respiratoires provoqués par notre environnement aérien. On estime à 20 p. cent la part de la population ainsi touchée. Mais certaines allergies peuvent avoir des conséquncces bien plus dramatiques. Ainsi, les réactions au venin provenant des piqûres d'insectes, ou encore, les allergies alimentaires induites par l'ingestion de certaines molécules peuvent tout simplement conduire à la mort. Qu'est-ce donc qu'une allergie? Comment devient-on allergique? Le nombre d'allergies augmente-t-il?
L'allergie es une réaction exagérée de notre organisme face à différentes molécules présentes dans notre environnement. C'est une réaction dite "d'hypersensibilité", médiée par la présence d'anticorps (IgE pour immunoglobuline de type E), lesquels sont produits pour réagir spécifiquement avec les molécules auxquelles une personne est allergique. Cette production se fait au cours de la ou des premières expositions à l'allergène. C'est ce qu'on appelle la "période de sensibilisation, pendant laquelle on ne présente aucune réaction allergique. Fait à noter: toutes les molécules n'ont pas la capacité d'entraîner la production d'IgE. Seuls les dérivés de protéines en sont capables. Cela explique pourquoi nous ne pouvons être allergiques ni aux sucres ni aux lipides. Une fois la sensibilisation terminée, toute exposition à l'allergène déclanche une réaction. Comment? Les IgE sont fixés à la surface de cellules, les mastocytes, qui appartiennent à des zones frontières entre notre corps et l'environnement: peau, yeux, nez, bronches, bouche et système digestif. Dès que la présence d'allergène est repérée par l'IgE (l'allergène vient se fixer sur son IgE spécifique), ce dernier envoie un signal aux mastocytes, qui libèrent alors différentes substances, notamment l'histamine. Ce sont ces substances qui sont responsables des symptômes observés au moment de la réaction allergique
Les manifestations de l'allergie prennent différentes formes: symptômes digestifs tels un picotement dans la bouche, des vomissements, des crampes abdominales, des diarrhées, ou sympômes respiratoires tels un picotement du nez, des éternuements, un écoulement et une congestion du nez, de la toux ou de la difficulté à respirer. On peut aussi être victime de démangeaison des yeux avec larmoiement et gonflement du visage, ou de démangeaisons et rougeurs de la peau. Enfin, il peut se produire des réactions très sévères avec chute de tension artérielle subite et perte de conscience qui conduisent parfois à un arrêt cardio-respiratoire et au décès; c'est ce qu'on appelle le "choc anaphylactique". Cette réaction allergique est rapide; elle survient dans les 60 minutes suivant le contact avec l'allergène.
Les allergies respiratoires
Les principales manifestations des allergies respiratoires, c'est-à-dire celles dues à la respiration d'un allergène, sont la rhinite allergique, communément appelée rhume des foins, et l'asthme. La plupart de ces réactions sont provoquées de façon saisonnière par les pollens d'arbres au printemps, les graminés et l'herbe à poux (ambroises) l'été, mais certaines personnes présentent des allergies durant toute l'année (dues aux acariens de la poussière de maison ou aux squames animales). Par ailleurs, une personne allergique à l'herbe à poux, par exemple, pourra être affectée plus ou moins fortement d'un année à l'autre car les conditons climatiques influent fortement sur la quantité de pollens dans l'air. Toutes ces allergies respiratoires sont loin d'être banales. Elles entraînent des coûts sociaux non négligeables, que ce soit en termes d'absentéisme au travail, de soins médicaux ou de frais de médicaments; chaque année, plusieurs milliards de dollars sont investis dans l'achat d'antihistaminiques pour le soulagement des symptômes d'allergie.Et n'oublions surtout pas que les allergies respiratoires diminuent fortement la qualité de vie des gens qui en souffrrent.
Les allergies alimentaires
Les allergies alimentaires, moins fréquentes (elles affectent environ 2 p. cent de la population canadienne adulte et environ 5 p. cent des enfants), n'en sont pas pour autant moins importantes. Elles constitiuent le talon d'Achille de nombreuses personnes et sont chaque année une cause de décès accidentels, même chez des gens en parfaite santé. La réaction d'allergie alimentaire est sournoise: la seule ingestion d'une trace de l'aliment en cause laissée sur un couteau essuyé (par exemple, dans le cas du beurre d'arachide) suffit à provoquer une réaction fatale. Certains inidvidus très sensibles peuvent même réagir à la simple odeur de l'aliment. Aux huit premières places du palmarès des responsables: les arachides, les noix, les poissons, les fruits de mer, le lait les oeufs, le soya et le blé. Ces huit aliments provoquent 90 p. cent de toutes les réactions d'allergies! Certaines peuvent disparaître avec le temps; c'est le cas des allergies au lait, aux oeufs et au soya. Mais les allergies aux arachides, aux noix, aux poissons et aux fruits de mer persistent à vie. Bien qu'il n'exsite pas de registre officiel des personnes souffrant d'allergies alimentaires qui puisse permettre de confirmer les tendances observées sur le terrain, ces allergies semblent de plus en plus fréquentes. Leurs conséquences, particulièrement en ce qui concerne les arachides, sont, sans contredit, de plus en plus importantes, notamment dans les garderies et les milieux scolaires, dont plusieurs ont banni de leurs locaux, avec raison, tout porduit contenant des arachides et des noix. Toutefois, quand on connait la sévérité et la rapidité des réactions induites par les arachides et ce, même par leur seule odeur, on reste surpris de voir différentes compagnies aériennes en servir encore à l'heure de l'apéritif!
Qui peut devenir allergique?
L'allergie peut toucher n'importe qui. On sait cependant qu'il existe un risque plus élevé chez les personnes dont des membres de la famille en sont victimes. Ainsi, un enfant ayant un des deux parents allergique possède 30 à 40 p. cent de risque de le devenir au cours de sa vie. Si, en revanche, les deux parents souffrent d'allergie, ce risque s'élève à 60-80 p. cent. Il existe donc un terrain génétique favorable au développement des allergies. Mais la génétique n'explique pas tout: certaines personnes sans antécédent familial développent une ou plusieurs allergies. Les facteurs environnementaux sont de plus en plus incriminés. La pollution pourrait être responsable de la fragilisation de la surface de notre système respiratoire (nez, sinus, bronches), laquelle conduirait ainsi à une plus grande réactivité face aux molécules organiques de notre environnement.Cela est vrai tant pour la pollution extérieure (gaz de produits de combustion divers) que pour la pollution intérieure (fumée de tabac). Plusieurs études scientifiques ont d'aillerus clairement démontré que les enfants vivant avec des parents fumeurs développaient davantage d'asthme que les enfants de non-fumeurs. Mais nos habitudes de vie sont également scrutées: l'exposition trop précoce à des allergènes puissants comme les arachides, les noix, les poissons ou les fruits de mer pourrait provoquer une plus grande sensibilisation à ces aliments. Enfin, on s'interroge sur les conséquences des changements en matière de diététique, notamment au sujet des apports réduits en certains éléments comme le cuivre. Pour l'instant, une chose apparait clairement: les allergies semblent posséder une origine multifactorielle et non découler d'un cause unique.