LES REACTIONS ALIMENTAIRES

par Guérin Dorval, M. D. CSPQ (Allergie-Immunologie)

 

Il existe toute une panoplie de réactions alimentaires "adverses". Sauf quelques exceptions, seules les réactions allergiques sont dangereuses.

A. Réactions alimentaires allergiques:

1) les réactions allergiques au lait, aux oeufs et au soya. Il s'agit de réactions allergiques véritables, qui sont observées surtout au cours de l'enfance et qui, la plupart du temps, s'estompent (vers 1-2 ans pour l'allergie au lait, et vers 3-5 ans pour l'allergie aux oeufs et au soya).

 

2) les réactions allergiques "classiques": à l'arachide, aux noix, aux poissons, aux fruits de mer, au kiwi, au sarrazin, aux graines de tournesol et de sésame, etc. En fait, la plupart des aliments peuvent être allergénisants et provoquer des réactions anaphylactiques, même l'ail et les épices.

 

3) le syndrôme oro-pharyngé ou "oral": en mangeant un fruit ou un légume frais, l'individu remarque du prurit au niveau oro-pharyngé et parfois un peu d'oedème (n'a pas le problème avec le même aliment, si cuit). En l'absence d'autres symptômes, il s'agit d'une condition allergique non sérieuse, à propos d'aliments qui ont une allergénicité croisée avec des allergènes de plantes (les fruits avec des pollens d'arbres, les légumes avec des pollens de graminés ou de diverses mauvaises herbes).

 

4) l'anaphylaxie à l'effort associée à une allergie alimentaire (ou "food-dependant exersise-induced anaphylaxis") (FDEIA). Dans cette condition, l'ingestion de l'aliment, à elle seule, ne cause pas de manifestation allergique tangible. Il faut qu'un effort physique significatif survienne entre 1 et 5 heures après le repas, pour qu'il y ait une réaction allergique. Les aliments les plus fréquemment à l'origine de FDEIA sont le céleri, le blé, certains fruits (noix, pêches, pommes), l'arachide, l'ail et le persil. Il s'agit d'une entité très sérieuse et souvent mal reconnue.

Dans la très vaste majorité des cas, les réactions allergiques alimentaires surviennent très rapidement suite à l'ingestion de l'aliment causal, c'est -à-dire, en dedans de 30 minutes (sauf, évidemment, dans le syndrôme FDEIA). Toutes ces réactions alimentaires "rapides" devraient être investiguées en allergologie, de même que toutes les réactions survenant après un effort (FDEIA)

 

B. Réactions alimentaires non-allergiques.

-soit des réactions dites "d'intoléraance" (au lactose, par déficit en disaccharidases, au fructose, etc,);

-soit des réactions supra-physiologiques à des aliments riches en amines vaso-actives (comme le vin, le chocolat, plusieurs épices);

-soit des réactions à des additifs (comme le syndrôme du restaurant chinois);

-soit des réactions d'intoxication pure et simple.

En général, ces réactions alimentaires (non allergiques) se caractérisent par des manifestations plutôt désagréables (sans signe objectif) surtout au niveau digestif, parfois des céphalées, souvent de l'hypoglycémie. Les caractéristiques principales qui les différencient des réactions d'hypersensiblitié humorale sont:

-elles sont "retardées", plusieurs heures après l'ingestion;

-elles atteignent un seul système (cutané, digestif ou CNS);

-elles ne se répètent pas avec l'ingestion d'un autre repas semblable, comprenant une plus petite quantité d'aliments.

 

Dans le doute (réaction adverse -vs- réaction allergique), il est préférable de demander une investigation en allergologie, et éventuellement, si les tests cutanés sont négatifs, de procéder à une provocation orale spécifique.

Traitement des réactions alimentaires "allergiques"

1) lait, oeuf, soya

-éliminer les aliments correspondants et les mets qui pourraient en contenir, pendant une certaine période (1 1/2 an-2 ans pour le lait, 4-5 ans pour les oeufs et le soya);

-rassurer les parents à savoir que ces allergies alimentaires s'estompent la plupart du temps;

-rérérer à l'allergologue.

N.B. Il est maintenant accepté qu'on puisse vacciner les enfants allergiques aux oeufs, avec le MMR (ceci même sans vérification préalable d'une hypersensibilité possible à des antigènes du MMR), pourvu qu'on procède dans un endroit où une réaction sévère puisse être traitée adéquatement.

 

2) aliments allergénisants "classiques"

-bien les identifier, de préférence avec des tests cutanés; si négatifs, poursuivre avec une provocation orale spécifique en milieu de Soins Intensifs, si l'histoire clinique n'est pas claire;

-éviter ces aliments chez les personnes allergiques;

-chez les enfants allergiques: n'ingérer que des mets et "au cas" préparés à la maison. On devrait interdire toute source d'arachide dans les garderies et les écoles (primaires) fréquentées par des enfants allergiques à l'arachide;

-de préférence, ne jamais donner d'aliment allergénisant "majeur" aux enfants présentant un épisode infectieux (plus grande chance de sensibilisation allergique alors);

-évidemment, dans tous les cas, prescrire un Epipen.

 

3) syndrôme oro-pharyngé

-il est naturellement préférable d'éviter les aliments provocateurs;

-référer à un allergologue qui, grâce à des tests cutanés, en utilisant des extraits "frais" -vs- "vieillis", pourra objectiver précisément s'il s'agit bien d'un OAS plutôt qu'une allergie sérieuse;

-il faut savoir qu'une immunothérapie spécifique à l'égard du groupe de pollens (présentant une allergénicité croisée avec l'aliment responsable) peut donner d'excellents résultats dans l'OAS.

 

4) allergie alimentaire associée à un effort physique ("FDEIA")

-éviter d'effectuer un exercice physique jusqu'à 5 heures après un repas ou l'ingestion d'un fruit;

-même si un seul allergène alimentaire a été identifié (ex. le céleri), il est préférable d'éviter les autres aliments susceptibles de provoquer de "FDEIA", car d'autres sensibilisations (ultérieurement) sont fréquentes chez ces sujets;

-effectuer de l'exercice physique seulement "en compagnie";

-auto-injection d'adrénaline.

 

Guérin Dorval, M.D.

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